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Au départ, ce sont des amis qui m'ont parlé de ce voyage. J'ignorais son existence. Puis j'ai vu le
reportage de Marcel Leboeuf à la télévision. Peu à peu, la jalousie que mon copain et ses amis fassent
le voyage sans moi a fait place à de multiples raisons pour lesquelles moi aussi je pourrais partir.
C'était une chance de renouer avec ma foi que j'avais délaissée durant mon adolescence. Ensuite ce voyage
me permettrait d'être en bonne forme physique, moi qui ai fait un peu trop de sport de salon ces derniers
temps. Finalement, pourquoi pas changer d'air, quitter ce Montréal parfois étouffant, quitter cet emploi
que je déteste, quitter ces mauvaises habitudes, devenir une nouvelle personne. Je décide de me lancer.
J'assiste à des réunions des Amis de St-Jacques qui me font rêver à ce Camino. Mais quel chemin choisir?
J'ai du temps et un budget limité, je ne peux que faire la route en Espagne. Il paraît que le Camino
Francés est achalandé. Il paraît aussi que le Chemin du Nord est plus beau, plus difficile, mais solitaire.
Choix peu compliqué, ce sera le Camino del Norte. Je m'envole donc le 11 juin, pas entraînée, ignorant à
quoi m'attendre.
Dès ma première journée à Irún, je rencontre deux pèlerines françaises ayant de l'expérience sur le
chemin. Par chance, sinon je me serais perdue à de maintes reprises. Puis l'idée d'abandonner m'est
souvent venue à l'esprit. Surtout la journée où nous avons monté à 500 mètres. On se levait à 6hrs
pour arriver le plus tôt possible à l'auberge. Chaque soir le mal changeait de place, mollet, cuisse,
hanche, pied. J'ai par la suite rencontré deux autres Français où là on a réellement vécu le chemin,
on se levait tard, prenaient de longues pauses, profitant de la vie. Ensuite j'ai marché avec une
Allemande. Mais les gens ne font pas tous le chemin au complet, c'est le temps qui l'empêche. Je me
suis donc retrouvée seule lorsqu'il me restait 1/3 de mon parcours. J'ai marché 27 km sur la carratera
pour me rendre à Oviedo, me dépêchant, ce qui m'a causé une grosse ampoule au talon qui s'est infecté.
Repos forcé, car impossibilité de mettre ma botte. Le chemin est parfois cruel, mais la providence est
toujours présente. J'ai rencontré des Espagnols merveilleux avec qui j'ai complété ma route. Le dernier
matin, il me restait 20 km. On ne marchait pas, on courrait presque Miguel et moi! Ça nous a pris 3 h 30
pour arriver à la cathédrale! Moi qui normalement marchais à une vitesse de 4km/h. Ce 20 juillet, il est
passé vite. Retrouvailles avec d'autres pèlerins, messe, dîner à la casa Manolo, téléphoner ma famille,
acheter des souvenirs, manger la tarta de Santiago.
Le lendemain, c'est le retour en train pendant onze
heures jusqu'à Irún. Puis le retour à Montréal en avion. J'ai ressenti de la tristesse durant mon retour.
J'avais l'impression d'avoir laissé mon cœur à Santiago. Je raconte mon voyage à mes amis et à ma famille.
Mais ils ne comprennent pas ce que j'ai vécu. Pour eux, ce n'est qu'un petit voyage de touriste.
J'étais une pèlerine, moi, une vraie, qui se lève le matin pour marcher plus ou moins 20 km, qui doit
demander mon chemin dans certains endroits, qui doit suivre les flèches jaunes et les coquilles, qui espère
que dans le prochain petit village il y aura une fontaine, qui doit trouver l'albergue, qui dort en
compagnie d'inconnus qui deviendront tes meilleurs amis, mais dont tu ignoreras si tu les verras le lendemain.
J'ai vu la mer, les forêts, les champs, les montagnes. J'ai connu la pluie forte, le ciel sans nuage, la
douce brise, le vent glacial. Des chiens m'ont couru après, des chats sont venus se frotter à moi, des
papillons me sont rentrés dedans, des limaces et des escargots m'ont fait rigoler, des lézards m'ont
apeurée dans le silence du matin, des maringouins m'ont piqué, des abeilles dans les fleurs m'ont fait
marcher plus vite, des vaches m'ont barré la route.
Pendant six semaines j'étais seule sur le chemin du Nord. Seule, car chaque jour était une épreuve
personnelle à surmonter. Mais accompagné par les autres pèlerins aussi qui viennent de partout, qui
parle des langues étrangères, mais qui ont marché sur le même chemin et ont transpiré aux mêmes endroits,
avec qui j'ai partagé la même toilette et le même repas le soir.
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